samedi 5 novembre 2011

De Toulouse à Lons via Lyon - et retour

Ce soir j'ai un peu de fièvre.
Cela je le note à Toulouse, avec un peu de fièvre et pas mal crevé.
La nuit dernière j'étais à Malzieu-Ville, sur les terres de la Bête, le Gévaudan,
celle qui fit s'emplir de terreur les coeurs des habitants
et les soulagea, quelques temps, des rudetés des Temps et climat,
plus encore de l'ennui,
à ce point que l'essentiel des lieux de pèlerinage,
hormis ceux dévolus à saint Jacques, qui sont partout,
lui sont consacrés avec reconnaissance,
plus de deux cent cinquante ans après les derniers méfaits du monstre.

Ca n'empêche pas que Malzieu ne soit, au fond, qu'une cuvette,
où scintillaient hier sous la lumière de ma frontale
les particules froides, noires et métalliques d'un nuage gros et banal,
affalé là par hasard, difforme, comme une baleine décomposée par le pluie,
puis la grêle,  les feuilles, les branches,
assaillie de partout, et moi avec, mince,
de tous les côtés, des pluies d'au-dessus du nuage.
Je ne sais plus très bien où cela a commencé, mais soudain toutes les routes
ont basculées, et à présent le monde n'est plus qu'une chute,
à peine ralentie par quelques circonvolutions, en direction de Malzieu,
dont on m'a raconté, à l'aller, que son nom ferait allusion
soit au mauvais sort jetés par les malfaisants- Mal-yeux -,
soit à la capacité qu'auraient eu ses eaux, à la même époque que la Bête,
à soigner les affections occulaires: la taie aveuglante,
ou le strabisme ou blépharites, qui rendant  les jeunes femmes hideuses
ne laisse guère de doute sur l'avenir déplorable qui les attend.

J'ai dormi près du ruisseau,
fourré dans la tente comme une sardine
congelée dans un sachet au congélateur: ce nuage.

La nuit, surtout l'aube,  furent froides, l'aube, l'aube.
J'avais déjà un peu la crève: bien sûr qu'aspirer-expirer du nuage,
c'est pas le mieux dans ces cas là.
A part quelques points étrangement brulants
sous le bras ou sous la hanche, je n'ai pourtant pas eu froid,
comme de ce froid connu d'ordinaire, repoussé en dehors des couches de vêtements,
ou délicieusement deviné dans la chute de flocons gras, floraux,
derrière l'abri d'une large baie vitrée. Non, ici, il m'a fallu comprendre,
entre deux mouvements, pas excessivement douloureux,  pour y échapper,
que ce qui brûlait, là, au contact du tapis de sol, c'était du froid:
quelle découverte ! une synesthésie idéelle: dans le sommeil remué,
ma hanche, mon coude en savaient plus que Malebranche.
Je m'étais bien préparé ! Emmitouflé ! Enrobé dans des couches, des rubans, des falbalas.
Je n'ai pas eu froid. A chaque bouchée d'air,
une pelletée de pluie suspendue, glaciale. Je me suis offert le luxe
de lire quelques lignes d'un livre offert par un de mes hôtes: le confort ou quasi, quoi.
Tout autour la rumeur de feutre, des herbes qui se recroquevillent sous l'eau.

*

C'est fait.
Visages et routes se croisent sur d'autres façades, les souvenirs
ont commencé à s'organiser selon les lois mystérieuses de l'affectivité.
De Toulouse à Lons, j'avais roulé tête-basse, hormis quelques rares instants -
Rodez, le plateau d'Aubrac,
la plupart s'était mèlé confusément, dans une lutte amoureuse,
aux cloisons labyrinthiques de la pensée.

Cela ici je l'écris encore sous le rocher de l'urgence ! accroupi.
Je peux bien le dire maintenant ! durant ces  dernières années, le temps,
dont on prétend qu'il coule comme un fleuve,
c'est aux peintures écaillées, multicolores, sous les arcades de Volvestre, qu'il ressemblait,
pas aux cercles concentriques des souches dont nous parlait l'équarisseur fou d'Accous,
ni à la quête d'un instrument à cordes vers l'assonance,
mais à un cheval d'écume dans un nuage ou une vague,
sans arrêt parraissant et s'effondrant en pareil.

Aux illusions d'un magicien ivrogne —
tout autour il roulait, creusait ses ornières habituelles: je voyais
j'ai vu les gens déambuler dans ses sentiers...
En moi, il bourbouillait sans, je l'ai su dès le début,
qu'une seule chanson parvienne à forcer en lui l'élan d'un récit,
jamais, plus jamais.

Orphée est descendu aux enfers, et ainsi moi,
puis j'ai compris Orphée et Eurydice, c'est moi, les deux,
pour toujours dédoublé, en arrière en avant, Orphée
dont la tête tranchée chante encore en descendant le fleuve...
comme hideusement la poule décapitée galope sur les graviers de la cour.

Oui, c'était bien le bon moment, le point
juste pour tenter de faire rentrer, par l'effort des sens,
des chemins, qu'ils pénètrent par les pieds, qu'ils montent
comme la sève dans les tubes du bois jusqu'à la fontanelle où se visse une couronne,
qu'ils s'assemblent là sous ma tête de mort, fassent rictus
de joie ou grimace de peine au passage de l'articulation mandibulaire,
qu'ils bourgeonnent s'ils peuvent, qu'importe,
qu'ils fassent ce qu'ils peuvent pourvu qu'ils ressemblent, à nouveau,
aux empreintes des sabots d'un cheval sur la terre, au mouvement d'une chenille,
ah qu'ils redessinent des marées où toute l'eau de la mer se prend,
qu'ils simulent l'emportement jusqu'à faire naitre en moi à nouveau
le temps - tout plutot que cet épouvantable dépossession,
que je refuse d'identifier à la vie.

ah ils ne veulent rien savoir du brasier ni de la joie ni du malheur
ils prennent refuge contre lui dans les phrases balbutiées par les miroirs
ils ne savent plus... ne savent pas que le oui constamment murmuré
à la conque des flammes transforme le feu en une chaleur légère
oui, oui, qu'il n'y a de réel que l'amour, que
l'amour et les mots qui s'inventent à mesure sur ses lèvres —
ils optent pour le secret, le monde creux des fumées,
les drames absurdes des draperies et des plis
l'héroïsme des sacrifices inutiles, méconnus même de soi —

j'ai failli dire " mais l'enfer où je suis descendu n'est pas le mien, c'est le sien,
c'est là le champs de ses résidences psychiques ! "
Mais non, car il n'y a d'enfer que celui que je nomme,
elle, Eurydice, marche sur les prairies bleutées des Champs-Elysées,
parfois sans doute l'effleure comme un songe éloigné
l'émotion du soleil, elle repousse alors le songe comme on fait
d'une absurde fantasmagorie, c'est facile, de plus en plus...
De quoi parlent-elles ces mélopées trop simples trop prodigieuses
d'Orphée ? Et à quoi bon lui puisqu'il souffre ?

Il a bien été le mien, cet enfer ! comme une cape tissée d'azur
à l'extérieur et, à l'intérieur: noir, avec de long figements sanglants.
Un  vêtement long des épaules aux mollets clair
comme un petit lac de montagne où le monde entier se reflète en vibrant
et, contre la grille des plexus, sombre comme la culture de vers dans la boite
en bois dans le salon du Kub à Toulouse... grouillement des mangeurs de carton.
Je connais bien les vers, chacun sa musique, j'ai vécu
accroché aux hameçons - barbeleurs des paroles.

 Les autres - les amis - tous ! font ces paroles
- et ces hameçons - tous - mais qu'ils soient miens
non, je le renie ! - à tous, leur explication,
à eux causes et effets - pour eux -
mais pour moi une chose sûre, ce fut:
de vivre sans l'adhésion intime
de moi à moi, aponévrose sans os,
non, cela je ne l'accepterai jamais,
plutot cette agonie sans fin où je me cherche
mon silex, plutot l'opprobre et le mépris,
honte et colère, plutôt crever que renoncer
au seul mien qui ait jamais été mon bien -
entier à nouveau - ou rien - mourrir
ventre crevé dans un fossé le long
d'une route bête, mieux qu'un chien jetté
par la portière d'une voiture —
"entier à nouveau" - est-ce que c'est pas rentier ?

*



Le Vélo aussi le dit: il est fait, le Voyage, il est fait !
Lui et moi réclament quelques réfèctions, lui surtout,  moi - je suis organique. Les deux essieux se barrent. Ca grince, ça bloque de temps en temps, quand je tourne à droite ou en marche arrière.
Ca chantonne en moi: j'ai fini le voyage ! Il est fait, le voyage ! Le voyage est fini, la boucle est bouclée. Je rêve autrement à nouveau. Je re-rêve. Je délire mes rêves, mes noctunes je parle.
Pourquoi pas puisque j'ai fait la route de la Bête je peux bien prendre à venir le chemin des fleurettes.
Donnez-moi  un point d'appui et je souleverais le monde disait Archimède, moi qui ne suis pas lui je corrige en mineur: un point me suffira, un fait sûr, un fait, un seul ! Bien et je l'ai.

Donc, de Toulouse, je me dirige vers Lyon.
De là, me dis-je, j'irais à Lons qui n'est pas bien loin,
puis de là encore peut-être vers Mulhouse où habite un copain,
puis de là pourquoi pas faire un petit saut vers les Vosges, rencontrer H,
puis Strasbourg rencontrer Pascal.
Pourquoi Lyon ? C'est que j'ai à y faire...
A Toulouse, Yoann de retour de son tour à vélo de Bretagne, s'est mis à lire un bouquin sur la méditation. On en a discuté, des pensées qui ne cessent pas, la machine inutile du discours intérieur qui semble plus que jamais déconnecté des circonstances immédiates. Je lui dis qu'après quelques temps, il arrive que soudain elle se déconnecte en quelque sorte de l'adhésion, de l'attention qu'on y met, et alors on dirait comme un petit moulin qui continue à tourner par lui-même... c'est curieux, pas très agrable, mais ça ne dérange plus vraiment. Et puis ensuite, ça s'arrete et alors l'attention à tout, au monde et à soi-même s'installe naturellement, dure bien plus longtemps que les brefs moments de silence de la vie habituelle, et que c'est assez extraordinaire.
Je lui dis aussi que ça ne se passe pas toujours, qu'en Espagne en particulier mes pensées ne cessaient jamais de graviter autour du nom de S, et que voici trois ans que mes rêves restaient absolument bloqués, toujours le même, suivi du même réveil d'effroi: je la vois passer dans la plus grande indifférence de moi à quelqu'un d'autre, et je lui courre après pour avoir une, une parole d'explication, même impossible, même ratée. Alors je me réveille d'un coup, et je sais que rien n'a bougé, toujours la même douleur impossible, qui me lasse bien plus qu'elle ne lasse ceux à qui parait-il j'en parle trop, ou pas comme il faudrait disent-ils.
Yoann me dit que l'auteur de son livre propose aussi que lorsque les pensées ne peuvent pas lacher quelque chose, alors il faut peut-être essayer de les faire bouger dans la réalité, et je me dis oui c'est vrai oui.
J'irais donc à Lyon, pour tacher de voir S. J'envisage un instant d'y aller en stop, mais il me semble que le rythme du vélo me laissera le temps de discerner mieux ce que je voudrais y chercher. Il faudra que je la surprenne, je le sais, sinon elle s'enfuira. Je sais aussi qu'il y a très peu de chances qu'elle accepte de me voir - d'être vu. Je sais cela, je m'y prépare, il faudra que je me satisfasse de ce que j'obtiendrai. Je ne sais rien, absolument rien, tout ce que je sais n'est que le fruit de mes "déductions", si l'on peut appeler déduction cet engagement total de l'esprit, de l'émotion et du corps, dans la souffrance.
Et puis il faud aussi que j'en ai le coeur net à propos de la petite fille - savoir quand elle est née. Et enfin si possible ! récuperer mes films, et peut-être mon aquarium, - pour les lui laisser peut-être, pour pouvoir les lui laisser, avoir le choix.

*

Après Rodez, c'est rude ! Ca monte et ça descend, de très longue montée, moins pentues que celles des Pyrennées, mais ce n'est pas moins difficile, au contraire !
S'y ajoutent les petits délabrements de ma monture. J'avais l'occasion de les réparer à Toulouse, mais je ne l'ai pas fait: ça tiendra bien jusqu'au retour !
Ben ça tient, mais ça fatigue: mes deux essieus ont du jeu, la roue arrière surtout grince de plus en plus fréquement, parfois bloque un peu la roue.
Le frein arrière achève lentement de mourir.
Mais pour l'instant ça va encore... et la joie revient.
Ca n'a plus rien à voir avec l'ivresse biochimique des débuts du voyage,
il y a huit mois de cela, lorsque les endomorphines me montaient à la tête et déclenchaient de vrais fous-rires aux haltes. Cet effet là a disparu quelque part, sans doute mon corps s'est adapté. Il y a désormais de la routine dans mes mouvements. Mais je suis heureux de découvrir cette région, - et tout est simple en fin de compte.

Sur la carte, je note comme étape St chély. Je n'ai pas le moindre couchsurfeur avant le Puy, mais ça ne me gène pas plus que ça. Je camperai ! Il commence à faire froid, mais rien de trop pénible pour l'instant: lorsque je suis parti de Toulouse, l'été empiétait largement sur l'automne.... ça va pas durer.

Une longue côte m'attend, une côte qui n'en finit pas. Mon dérailleur ne passe plus sur le petit plateau: je m'épuise à maneuvrer entre le dérailleur arrière et le dérailleur avant pour qu'il daigne passer la vitesse. C'est chiant, putain ! ça casse une ascension.
De temps en temps, de plus en plus souvent, la chaine saute, à l'avant ou à l'arrière... Je peste.
Je n'ose plus, lorsque je suis sur le petit plateau, me remettre sur l'un des deux autres.

Un randocycliste un peu gros descend la pente que je monte. "C'est terrible, c'est infaisable, il faud forcément couper ça en deux, au moins, ça n'arrete pas de monter au moins jusqu'à st Chély !" Eh ben, me dis-je, s'il faut couper, je couperai ! pas de quoi en faire un drame - et quant au fait que je parviendrai bien à la monter, cette côte, je  n'ai pas le moindre doute là-dessus. J'ai fait les Pyrennées dans tous les sens, ce n'est pas le Massif Central qui va m'arreter ! Et surtout, je ne me laisse plus impressioner par les présupposés des gens. En général, ils ne savent pas tout simplement pas ce qu'est une côte vraiment difficile, et ce qui ne l'est pas. Il suffit pas que ça monte pour ça soit difficile... Il y a d'autres facteurs, le ratio entre les descentes et les montées, pas seulement l'intensité de la montée... Il y a le revêtement parfois, il y a le vent, bien sûr, l'ennemi majeur, et d'autres facteurs encore. Je suis devenu un sage, en quelque sorte, à qui on ne la fait pas, ni en promesses ni en frayeurs.

Mais c'est vrai que la pente est longue. Pas bien difficile, non, mais longue. Je préfererai plus raide... aussi longue, mais plus raide. Là, le corps perd un peu les pédales... c'est le cas de le dire.  Je regrette ne ne plus avoir de saccoche de guidon, pour me servir facilement en figues ou autres fruits secs. La route passe par une forêt, il n'y a nulle part où je puisse adosser mon vélo... alors je continue.

Enfin, j'arrive le long d'une barrière de sécurité, où je me décide de faire une halte avant le coup de fringale et soif. Pour ça aussi, j'ai progressé... l'expérience ! Mais au moment où je me prépare à plonger dans mon sac, je remarque que le sol est jonché de bogues bien vertes: des chataignes ! Alors je me sers: je les écrase sous le pied pour en extraire le précieux marron, je croque ! Délicieux ! Exactement ce qu'il faut ! la farine et le petit surcroit de sucre dans la bouche - un régal, une perfection de repas. Je commence à thésauriser un peu, je glisse quelques marrons dans la poche latérale de mon sac jaune - le sac de ville. Je continue aussi à manger, mais je remarque que la plupart des marrons maintenant sont moins bons: soit que je tombe par malchance sur toute une série trop amère, soit que j'ai moins faim, tout simplement. La nature est bien faite ! et que cette forête est belle ! et que l'air soudain frais est salubre ! que les couleurs sont belles, ce sont, enfin ! les couleurs de l'automne !
Ah et puis comme un bonheur n'arrive jamais seul, plus haut, à l'entrée d'un hameau, des branches surchargées de pommes pendent généreusement du côté domaine public du muret d'un jardinet. J'achève mon repas et je fais des provisions largement ! Oups ! c'est bon !


 ( Est-ce qu'on la voit, la petite fleur violette sur le talus ? )

comme des oursins entre la terre et le bitume, mon repas...



Reparti jusqu'à un carrefour avec panneau d'indication, que je ne comprends pas: où suis-je ? Je fais signe à une voiture - une fois de plus, cela arrive de temps en temps en voyage, dès qu'il me voit le condcteur me jette un coup d'oeil évaluateur, évalue ce qu'il évalue, et accelère pour ne pas s'arreter, et moi, une fois de plus, ça me rempli de rage, de colère, de dégout- enfin toutes les couleurs.
Je suis devenu sage ( sage de vélo en tout cas ), mais pas au point de ne pas gueuler: je gueule donc, mais seulement parce que il le mérite bien !
Une autre voiture s'arrete: c'est une jeune femme, avec sa petite fille à l'arrière. Je cherche un endroit pour adosser mon vélo, ça prend du temps, c'est maladroit, et elle, prend largement le temps de me répondre. Les habituels étonnements, le courage supposé... Durant toute cette partie du voyage, je ne répond même plus à ces exclamations. Je suis devenu taiseux, presque. Cette femme, donc, m'apprend que je ne suis pas du tout à St chély d'Apcher, mais tout près par contre de st Chély d'Aubrac. L'autre saint Chély est encore loin, trop pour ce soir: le soleil se cache largement derrière les montagnes.



Quà cela ne tienne, j'irais dormir à st chély d'Aubrac !   "tout en bas", mais qui a un camping, près de la rivière - cette dernière précision ne me dit rien qui vaille, jje sais ce que ça veux dire, un cadre magnifique, mais où on se caille à cause de l'humidité, mais qu'y faire: un brin de descente, en tout cas, sera le bienvenu.

Pas tant que ça ! Ca descend, oui, mais le fond de l'air est compliqué à gerer: chaud le jour, froid le soir, chaud en montant, mais froid en descendant... — ouaw ! froid, oui, très froid ! à grand coups glacés sur la poitrine qui se serre à en faire mal aux côtes. Plus tard, je découvrirai le coup des feuilles de journal sous les habits...

Tente plantée, je vais me réchauffer au petit café sur la place.
Tiens, la sculpture d'une vache, grandeur nature.
Z'ont des bonnes gueules, ces gens...  Comme le jour est court maintenant, et puis  que l'automne soudain se ramène après ce retour hors saison de l'été, il est tôt encore et je reste longtemps assis à ma table.
Mais voyez ce que c'est ! je suis là, j'ai le temps, mais je suis pas trop en mode "observation". Non, je suis là, c'est tout, je froisse et défroisse quelquefois mes cartes, je branche mon appareil-photo, j'écoute distraitement la conversation de mes voisin ( elle, une nouvelle fromagère dans le coin, lui, il se prépare à partir loin, en Inde, je crois. Il y a entre eux, surtout de elle vers lui, une sollicitude qui dépasse un peu le simple copinage... Elle lui donne des conseils ).
J'apprends ainsi que Laguiole ( prononcer layole ) est pas loin, la ville des couteaux, mais aussi du fromage...
Je ne fais rien... je me dis bien qu'il faudrait que je prenne quelques photos, au cas où je pourrais en faire quelque chose après, du genre diaporama ou exposé dans les médiathèques, de quoi me faire un peu de fric peut-être, mais non, j'ai la flemme... ( Les photos, j'en prendrai quelques unes le lendemain ).

Soudain à la télé passe "des Racines et des Ailes": le numéro est consacré à l'Aubrac, tout le monde ici connait ou reconnait ceux qui passent à la télé. Une sorte de gravité critique s'installe. Avant ou en même temps que la voix off de l'émission, les gens évaleuent la maturité des fromages. Parfois ls précisent ce que la télé ne dit pas:
" il est bien cinglé celui-là ! "
 " Ah oui, mais il est vraiment comme ça, toujours une sorte de rire coincé quelque soit les circonstances ! "
" C'est bien lui qu'habite à côté de chez Untel ?"
" Oui, c'est mon voisin en somme !"
"Tiens, à propos, tu sais qu'Untel s'est mis avec Unetelle ? "
" Tu as déjà été mangé dans son restaurant ? "
" A ce prix là ? Ca va pas, non ! "
" Un bon plat traditionnel fait à la maison, ça vaut bien sa cuisine là ! "
"Ah oui, mais il parait que c'est bon quand même."
" Bon ou pas bon, si j'avais une somme pareille, crois-moi que je la mettrai à autre chose qu'à me payer un plat dans un restau de luxe !"
De temps en temps un silence s'installe, un grand silence attentif...
Ils semblent en gros satisfaits du traitement qu'il leur est fait: c'est pas si mal fidèle...

La nuit, à cause de l'humidité, est froide. Je me prend en photo, une fois n'est pas coutume, pour me faire une idée de ma tronche à l'horizontale dans le duvet: est-ce que je ressemble à un explorateur ? .Notez que je n'éprouvais pas encore le besoin d'un bonnet.

C'est drôle, je n'ai pas la moindre idée de la région que je traverse. J'ai juste, sur google, tracé un itinéraire pietonnier de Toulouse à Lyon. J'ai tout de même acheté deux cartes détaillées, je commence à en avoir un paquet ! et une carte de France plus récente que l'autre, qui date de 1990... et qui a eu la bonne idée de se transformer en éponge je ne sais pas où - à moins que je l'ai perdu, je ne sais plus. En tout cas, c'est à Rodez que j'achète ces cartes, l'occasion de faire un petit tour dans la ville, suivant un chemin, indiqué par l'employée d'une banque, qui passe par des passages sous des immeubles.

Le lendemain, à 10 h moins 20, je suis encore à st Chély d'Aubrac, à tourner dans le village. Les photos sont difficiles, à cause des contrejours.





Je refais un petit tour dans ce café...


je photographie évidement le beau taureau.... ( on devine mon vélo appuyé )




 ... et puis je tourne encore, et puis encore... et puis encore. ( C'est comme ça que j'ai encore parlé avec - avec des gens - et que j'ai eu un petit aperçu plus appronfondi de l'ambiance du coin: souvenirs précieux ! )

Enfin, je réenfourche mon vélo et hop ! j'ascende l'ascension ( le lecteur attentif se souviendra qu'hier soir, ça descendait ...! ) vers Nasbinals et le plateau d'Aubrac.








Voilà, j'y suis, sur le Plateau ! C'est splendide, et très venteux. Par chance, le vent n'est pas de face,  plutot latéral. Sinon, en vélo, c'est pas si plat que ça, mais on va pas chipoter, après les vraies montées des jours d'avant !


***

Malzieu-ville.

Anaïs, Lilli and co, les crêpes du patron, la couverture

***
Le Puy en Velay.

Le soir, une nuée d'étourneaux tourne au-dessus de nos têtes ( et me chie dessus ). Je viens d'apprendre qu'en anglais, on appelle ça "murmuration", - "murmure". Je ne sais pas si ça se dit aussi en français, mais ça le mériterait.
Mon appareil photo rechigne à capter les oiseaux. Alors, je vous en offre.... un détail ! :)




Ces clefs, est-ce à l'allée ou au retour ?



C'était au retour, forcément.
Ah les clefs, les clefs !




( se souvenir aussi de ce lieu, l'incroyable dialogue ... )


***

Retournac. Le repas offert par Xavier.

***

Saint Etienne, vite fait.

***
Et voilà, j'y suis. D'abord, Mornant,
Je passe non loin de camping où nous avions dormi avant de trouver notre logement. La rue où nous avons envisagé de louer une maison, à la façon étroite. La salle du Vingtain, qui est devenu autre chose... Le patron du café ne me reconnait pas, me sert quelques banalités désagréables... Les deux agences de logement... Des fantômes imprécis, des ébauches de rencontres se promènent derrière mes yeux... Mort ! Mort et vide. 

Soucieu en Jarrest.
J'ai vécu ici plusieurs mois. A voir cet horrible village, me passe en tête mais comment ai-je pu en arriver à un tel enfermement, moi ? En tout cas, j'y suis ! en terre de pélerinage... Je ne pensais pas quitter cette maison, pas de cette manière.
Je vois  les fenêtres derrière lesquelles, les derniers temps, je tournais toute la journée. Le village est mort, en effet: personne dehors et tout absolument tout est fermé. Je me souviens avec rage comment S repoussait toutes tentatives de ma part pour changer ne serait-ce qu'un iota à la situation. Elle refusait tout: s'approcher de Lyon, quitter Lyon... et même la possibilité de demeurer en ce statu-quo. Je ne comprenais pas...

Après ces mois de pérégrinations en vélo, la descente vers Lyon me paraitra t elle plus facile qu'alors ? Non. C'est vraiment un long chemin, difficile. Trop pentu. Je regarde les horaires des bus, et je me souviens... Quelle prison ! Je me souviens de mes efforts, de l'espoir que j'avais de fortifier mon corps, cuisses et souffle de telle façon qu'il me devienne possible de me rendre en ville. Je me souviens des heures à tourner sur devant le centre commercial... et je me dis que personne, vraiment personne n'est à l'abris des dérives emprisonantes. Comment le bonheur d'être avec quelqu'un peut se changer imperceptiblement en une si extraordinaire aliénation, dont même elle sans doute n'avait pas conscience.

Desespéré j'appelle comme un au-secours qu'elle ignore la seule vivante rencontrée alors, une très jeune fille avec qui j'ai travaillé une semaine à la ceuillette des cerises. Je l'ai eu la veille au téléphone, mais je ne pensais pas passer alors par ici. Je lui laisse un message - je suis là, si tu peux te liberer, viens me dire bonjour ! J'ai l'impression d'avoir une drôle de voix en disant ça. J'attends un peu, mais personne ne vient.
Alors je refais cette "route des s" qui descend vers la grand-ville. Quelle route ! Brignais, St Genis Laval, Oullins...Je passe devant le camping, la laverie automatique en haut de la côte ( facile ! ) , le kebab, j'entrevois le restau chinois... l'arrêt des bus, les cafés sur la gauche.

Passé les ponts, passé les routes, j'arrive à  Lyon... Je vais rencontrer Sma qui va m'initier à l'art de la Récup ( qui consiste à faire les poubelles des grands magasins ). Il me reste surtout à faire ce pour quoi je suis venu, - je l'ai fait: après ces années, enfin j'ai ce que je lui demandais le jour même " un fait, donne moi un fait ! " - Je l'obtiens, non pas d'elle mais de son nouveau copain. Mes rêves, la nuit suivante, aussitot ne sont plus le même.
Le reste n'est pas pour être dit ici.

Ailleurs, je tente de saisir quelques visages...






***

A Paris banlieue, j'avais  acceuilli quelques personnes. Voici Boria, russe, comme ça ne se devine pas. Boria se préparait à integrer une fac réputée à Moscou. Elle se faisait du souci, cette fac ayant aussi la réputation de pas mal boire... au rythme !




































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Mais restons en à Lyon - tant que j'y suis, finissons-en avec ce tortillon de trou d'cul noeud pap,  ses fleuves, ses collinnes comme une veine anale gonflée, sa pseudo tour eiffel, sa basilique et ses chanoines, ses saints, ses pèches de vigne, ses macs et ses groseilles vieille france.






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Oui, vraiment, à ce stade du voyage, tout est gigogne, tout s'encastre l'un dans l'autre, les souvenirs dans les lieux, les lieux dans les noms, les noms et les lieux dans les voeux innacomplis, les  trop accomplis, et, tout au fond des images des figures que d'autres vents, selon l'injonction divine,  plient et multiplient.



















































Eux, avec leurs bottes de cow-boy, ils avaient l'air de bien se marrer.



***
Je courre en une étape de Lyon à Lons le Saulnier. C'est loin, mais relativement plat, et surtout j'ai accumulé une rage qui éprouve de s'épuiser dans une grande, dans une saine fatigue.

A Lons, 
Je rencontre Isa et sa famille. C'est une grande maison, un couloir si long que je me demande en combien de temps on oublie ses dimension: en fait, deux trois heures y suffisent...
Une claire cuisine... Des petits chats perdus tentent d'investir les lieux. Isa s'en défend, mais pas trop. Le matin, je parais derrière la vitre, un deux, tout roux, m'exprime de tout son corps une detresse fausse mais insupportable, pour un petit morceau de pain que je machonne.

Les collines, par la fenètre de la cuisine, forment un arc de douceur étonnant. C'est le Jura, dont je ne connais absolument rien. Toute cette partie du voyage, décidément, j'aurais été absolument comme l'inventeur d'un pays inconnu - un inventeur paresseux: puisqu'ils sont  connus, ces pays, par au moins une personne qui y vit, à quoi bon polluer ces terres de ma propre connaissance ?
C'est ce que je dis, mais j'ai déjà envie de revenir par ici, dans cette région ou une autre, et  la parcourir lentement, sans hâte, comme pour une enquète poétique, "aller au motif" des lieux et des gens, et des réseaux subtils qui s'établissent entre tout et tous. De par son métier Isa est justement bien située dans les croissants de lune de  ces intersections.
D'ailleurs elle me parle, une fois, de la réalité floue ( mais c'est mon terme ) - des passages progressifs, sur le terrain, de telle type de plantes à telle autre. Ce n'est pas seulement sur un plan botanique que les transitions ne sont pas tranchées, mais également dans ce qui motive les choix qu'elle, et son compagnon qui fait le même métier, sont appelés à faire: aux charnières de l'économique, de l'écologique... Non, ce ne sont pas des charnières - justement non ! Ce sont des zones où les influences de tel ou tel facteur sont plus ou moins pressantes, plus ou moins déterminantes. C'est sans doute ce qu'on appelle aussi de la politique: les choix qu'elle fait sur le terrain ( inscrivant une marque sur des arbres, elle décide de leur proche destin, de leur survie ou de leur mort ), elle modèle aussi la forêt. Mais il faut des années pour observer les manifestations de ses choix - 30 ans, je crois ( j'ai oublié ). Alors la forêt change, la forêt n'est plus du tout la même, et cette constatation semble l'emplir de joie.

Je me rend compte aussitot que je n'arriverais pas à rendre ce que ces courbes ont de tendre. Mais du doigt je dessine la crête des faites, ou des montagnes plus loin. Tout se glisse l'un dans l'autre comme la coulisse d'un trombone.




 Contre le gris
- à l'antenne balancé
dans l'immobile ensemble
— un pendu ?
Qui pend là ? - un linge, un tissus -
ça ressemble, non ?
à la pelure d' insecte -
lui reste et tout le reste
va
loin
au fond du gris

Tout cela me donne envie d'aller rencontrer les autres acteurs - les bucherons, les négociants, les promeneurs de ces forêts, les étudiants de son compagnon, les municipalités, tout le monde !
Oui, comme Zola allant faire ses enquêtes de terrain comme un journaliste avant d'écrire ses livres, mais pas pour faire un roman, non, plutot pour .... ah mais comment dire cela ? pour que le poème en naisse.

*

Alors le matin je lance le mégot de ma cigarette vers la corbeille sur le balcon, je la manque et il pleut.
Alors un grand cercle se forme  autour du mégot, un grand cercle de sècheresse sur  le ciment.
Donc j'ai peur.
L'univers se condense et se dilate autour de minuscules positions.


*


***

Olivier, qui m'héberge dans sa maison sur les hauteurs de Jasseron, aux Combes, à une dizaine de bornes de Bourg en Bresse, a cuisiné un pâté de glands. Il faut, m'explique-t-il, les cuire dans 4 eaux pour éliminer le maximum de tanins qui les rendent toxiques. Ce n'est pas mauvais, pas merveilleux non plus. Le ventre est rempli, et pourtant on sent que ce n'est pas très nourissant - c'est pas du blé, quoi ! Mais je suis bien content d'avoir découvert. Mon voyage est aussi un voyage culinaire - et dieu sait si ça en raconte, la façon dont les gens se nourrissent, partout où je passe ! Des brouets "militants", de Jordi à Balaguer, en passant par les merguez vin et bière de divers endroits, la soupe d'orties et petits plats fins de Ben à Toulouse,  les spaguettis sportifs le matin à Fougère ... je n'ai pas parlé de tout çà, mais il y aurait de quoi. Ceux pour qui je suis l'occasion de faire un bon gueuleton, ceux qui, au contraire, semblaient attendre ma visite pour se préparer un repas... Ceux qui glanent dans les champs ou les poubelles faute d'argent...

Je rate mon départ, je reviens le soir, at au matin il me passe deux sachets de fruits secs, mangues et bananes.

Il trouve des mousses dans la forêt,  en compose des petits personnages végétals, qu'il photographie et monte en cartes postales.


Je le trouve sympa, alors je lui fais un brin de pub: vous pouvez le contacter ici: www.freemooss.canalblog.com

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Lyon, un soir, une nuit...

Je dégotte les Frères Berthom ! Ah oui oui, bien sûr, les frères Berthom ! De Strasbourg à Lyon, et aussi une des plus belles vacheries de S. Mais comme ça a l'air sympa ici ! Bien sûr ! ... Je n'ai aucune difficulté à comprendre... Ici, si vivant, et puis ensuite... là-bas, Soucieux ! Bah !
Je n'entre pas ici: je me contente de gouter l'atmosphère du lieu. C'est bien, vraiment, je sais que j'aurais aimé, vraiment. Un type assis dehors invite une fille à s'asseoir sur ses genous. J'ai un ami, lui dit-elle. Bien sûr ! dit-il, comme une flatterie. La fille s'asseoit sur ses genous, et se relève aussitot. Ils sont un peu ronds, tous les deux.
Puis je vais, deux rues à côtés, au Sevilla... Etc, les derniers moments  consacrés autant que je peux à tous les adieux que ne n'ai pas pu faire: elle m'avait juré qu'elle ne me laisserait pas les faire.
Dis o dis quelle absurde sorte de folie, quelle insurmontable tristesse ça doit bien être ! 

***

Les Gorges de la Loire


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 Pour me souvenir d'où je prends les photos, je photographie régulièrement les panneaux indicateurs. Si bien qu'à défaut de savoir où je suis, je sais où je ne suis pas -  où je pourrais aller !



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 Je me prends de sympathie pour la boutique de cet artisan chocolatier...

( Renseignements pris, il s'agit de l'enseigne d'une chaîne... J'ai dû la voir à Vannes. Or nous sommes à Vorney sur Arzon: Arzon est le nom du village précisément au bout de ma presqu'ile, de Rhuys,  en Bretagne. Le plaisir que j'ai eu à cette vitrine dorée,  mais banale selon son opulence affichée,  a probablement été le plaisir de la réminiscence, c'est à dire, très exactement, d'une émotion qui se souvient sans que la conscience vienne troubler l'émotion du tranchant de ses noms; ou mieux encore, l'étrange plaisir - comme celui que j'aprouvais, mais consciement, à découvrir loin sur la route le miel clair des ajoncs ou des genets -  de retrouver en divers lieux les même noms, comme à juxtaposer l'une sur l'autre deux cartes sur papier-calque, on s'émerveille de découvrir qu'elles se completent ou se coincident si exactement - ce qui constitue tout l'interet du récit de Tintin dans le Secret de la Licorne,  aux moments où, en superposant des dessins lacunaires, lui et Haddock découvrent qu'ils composent un plan - qui est nécéssairement alors celui de l'emplacement d'un trésor. Et sur les murs aussi de ce petit village  étrange de Vorney sur Arzon sont peints des trompes-l'oeil,  mieux: des pseudos trompe l'oeil: des invitations à l'illusion volontaire: des décords de théatre ! proposant des espaces désuets, tandis que le système des plantations, dans l'espace réel des rues, cloisonne, fragmente, découpe dans la vision ses étagements horizontaux, comme les tiroirs d'une armoire d'une maison de poupée.  Que de ne pas me souvenir de la façade Guyot à Vannes ( maintenant je ne comprends plus comment j'ai pu ne pas y penser ) ait constitué une ruse de mon esprit à lui-même pour se ménager le bonheur des trésors découverts. Comme j'ai dit, je ne regardait pas grand-chose, en général, durant cette partie du voyage. )


le Kebab d'Arzon... !


 Il y a une drôle de statue ici, à la gloire du grand homme du village...



La plaque énonce ses beautés et mérites :


... mais on en revient au chocolat: franchement, c'est pas mignon, ça ?




*

 Ca, c'était où ? je ne suis pas sûr...


Peut-être Chalamont, peut-être le Puy, peut-être un de ces villages où je me suis arreté le long des gorges de la Loire...
La mémoire a déjà  commencé à découper ses images, à les coudre selon ses fantaisies...



*

Quelque part entre Lons et le Puy, il y a Retournac. J'aimerais bien revoir Xavier, et si possible l'aider à casser un peu de bois, mais son téléphone est en dérangement...Dommage !

Je retourne simplement au café près de la gare où je m'étais aussi arreté à l'aller. Malgré le vent qui ne cesse pas de forcir et droit devant depuis "Sainté"(-tienne), il fait tout beau maintenant.






La gare est plus à gauche le long des voies.



***

retour par le Puy, Malzieu. Le vieil anglais à vélo...

Peu avant Malzieu, une averse longue et froide me trempe les pieds, les mains: c'est foutu !
Heureusement je sais que mes affaires dans les saccoches seront au sec.
La pluie s'intensifie, c'est de la grêle, de la grosse. Entre cet après-midi et ce soir, la température a plongé ! Tout la jour, je suait à grosses gouttes dans les montées - et du Puy à Saugue, ça n'arrête pas de monter. Et puis quand ça descend, c'est déjà le froid de l'automne, et la sueur gèle sur la poitrine. Je connais maintenant le coup du papier journal sous les habits, mais là ça ne marche pas: je m'aperçois plus tard que c'est parce que j'ai trempé le journal, et qu'il ne vaut pas mieux maintenant qu'une éponge mouillé au-dessus du t.shirt.
Plus je descend plus j'entre dans le nuage, un nuage noir: j'arrive bien froid à Malzieu, où je me réfugie dans le même café qu'à l'aller, le café "aux crêpes". Ca me fait plaisir de revoir la tête du patron. Bon, il va falloir quand même planter la tente. J'en ai marre, la nuit qui vient ne me dit rien qui vaille, mais rien à faire. Pas question d'aller à l'hôtel - non seulement l'idée ne me plait pas, mais en plus on est en fin de mois, et je sais que j'ai déjà trop dépensé. J'ai cherché pour les cars, les bus, les trains, j'ai même demandé à un type en camionette s'il peut m'ammener à Rodez - je payerais l'essence - , mais rien à faire.  Je vais mettre la tente près de la piscine, comme la première fois. Le soir, je prépare mes grands sacs poubelles pour y rouler rapidement le lendemain le double toit de la tente. Je prépare ma couche, c'est à dire mon pancho couverture péruvien, sans essayer une nouvelle fois le matelas décathlon, qui ne sert plus à rien, qui n'isole plus de rien, qui se dégonfle - une saloperie. Je me sèche, je mets des chaussettes sèches, je glisse sur mes jambes un de mes pulls en polaire: la chaleur qui se répand dans mon corps est un régal. Je m'emmitouffle dans la couverture d'avion sous les pulls... ça va, ça va à peu près. 

Mais le matin !
Impossible de remettre comme je l'avais envisagé les même chaussettes: elles sont à peu près deux glaçons durs. Je me résigne à sacrifier à l'eau de mes chaussures des chausssettes sèches.

Mais impossible de défaire les armatures, elles sont gelés. Je dois les frotter à pleine main pour les réchauffer un peu.  C'est insupportable, je saute sur place, je glisse des chaussettes aux mains... ça ne fait pas grand chose. Mes gants sont trempés, qu'y faire ?
Je ne sens plus rien, je dois regarder mes doigts pour savoir ce qu'ils touchent.
Je m'éloigne en trépignant, je reviens, je me bat, en criant, en sautant,  avec le double-toit de la tente, transformé en feuille de glace. Je suis tenté de tout laisser là, sur place !
Mon vélo est couvert de givre, la chaîne ne tourne plus, glaçée.
J'étais déjà un peu malade,  une nausée inquiétante me surprend.
Je n'ai pas de gaz, je me force à ingurgiter ce qui me reste de taboulé.

Bon sang ce que ça fait mal ! Au café plus tard, je me retiens d'approcher les mains la tasse au café. Il y a là un minuscule petit radiateur soufflant, et je fais l'erreur d'approcher les mains. C'est pas bien chaud, mais ça suffit à me faire si mal que j'en ai une sueur qui me dort du front. Je me recroqueville sur la chaise, sans bouger, j'ai l'impression que je vais m'évanouir.
Il me faut près d'une heure pour que les doigts me redeviennent suportable: non, je ne suis pas équipé pour ce temps. Il parait qu'il a fait moins 7 cette nuit. Alors c'est bien, je n'ai pas eu froid... Il s'en faudrait de peu pour que  ça ait été possible. Mais ce peu fait toute la différence.





Voilà, c'est comme ça: il en faut peu, juste un à-côté dans un petit village banal, un peu plié sur soi, et c'est l'aventure, une vraie,  qui est là... 

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Des ensembles flous, des modules interpénétrés... Un soir ou l'autre, je regarde sur l'écran de mon appareil photo quelques photos prises au Kub...

Max, Elod, Aurel, Damien...


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Saint Chély d'Apcher...


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Le voyage s'achève en train...



Le soleil est revenu, chaud.
Je suis épuisé, malade probablement.
Je prends quelques photos...

Les belles friches industrielles, la vitesse, et l'empreinte transparente d'un homme...

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à travers le store...



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